Le transsibérien: de Novossibirsk à Saint-Pétersbourg

Avant mon premier voyage à bord du transsibérien, ce célèbre train traversant l’immense territoire russe de Moscou à Vladivostok, je m’en étais fait une idée très romanesque, à base d’épais rideaux de velours rouge, de couchettes moelleuses et de traversins le tout avec un chef de cabine moustachu à la Michel Strogoff.

En gros dans ma tête c’était ça:

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Mes amis russes m’avaient prévenu que la réalité était éloignée du conte de fée : que les wagons sentent la soupe chinoise instantanée réchauffée, qu’au bout de deux jours de train l’envie de se laver se fait sentir (sans mauvais jeu de mots) et qu’on y dort pas très bien. C’est donc avec un mélange d’appréhension et d’excitation que je suis montée à bord du train Novossibirsk-Omsk avec mon amie Ksioucha. Bon, alors, en vrai ça ressemble à ça:

platskart

Pour un premier voyage un peu long, rien de bien éprouvant, somme toute sept heures de train et à peine montées à bord, qu’il est déjà temps de se coucher.

  • A l’entrée de chaque wagon une/un provodnik vérifie votre billet et votre passeport. Cette personne se relaiera avec une autre tout au long du voyage pour distribuer les draps, nettoyer les sols, ou encore s’assurer que personne ne reste endormi à son arrêt.
  • A bord du train il y a deux types de place : en coupé ou en platskart. En coupé c’est comme l’équivalent d’un petit compartiment avec quatre lits – deux en bas et deux au-dessus- encadrant une table. Cette petite alcôve peut se fermer. C’est plus cher et plus confortable que le platskart. Dans ce cas, il y a également cette configuration de  lits superposés mais la cabine est ouverte sur le couloir le long duquel s’alignent les lits.  Le lit du bas est en réalité composé de deux sièges, et d’une table qui se renverse pour former la pièce du milieu du lit !

платцкарт

Voilà pour les explications pratiques. Lors du premier trajet Novossibirsk-Omsk, rien de spécial à remarquer, la vraie aventure a commencé lorsque j’ai embarqué une semaine plus tard seule en gare d’Omsk pour Kazan, avec en perspective 28 heures de train. Je me suis retrouvée avec pour compagnons de route une babouchka qui était déjà à bord quand j’ai raccroché les wagons. Sur la table, cornichons, petits gâteaux à thé qu’on appelle «pietchieniyé » – dont raffolent les russes pour accompagner le thé, boisson nationale et ce de loin derrière toutes les autres– salière, saucisse-kalbassa- et tasse personnelle. Me voilà prévenue, j’ai une professionnelle en face de moi.

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Des pietchieniye typiques
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Les cornichons malosolniye – à la russe comme on les appelle en France
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Les tasses de la SNCF russe, en libre-service pour pouvoir s’alimenter en eau chaude tout le long du voyage

Arrive alors dans notre coupé un homme qui apparemment s’était donné du courage pour la route  en se sifflant une (ou cinq) bières. Finalement il s’était trompé de wagon et le remplace un fringant petit monsieur d’une soixantaine d’années arborant cravate et chemise à motifs fleuris. Qu’à cela ne tienne, à peine le train s’ébranle-t-il qu’il troque jean et cravate pour jogging et tee-shirt. Tout le monde, moi comprise, enfile en effet illico des vêtements confortables pour le trajet : vêtements de sport, robes de chambre, tongs et claquettes remplacent vêtements de ville. Le train devient un véritable poulailler où chacun se trouve une occupation pour passer le temps. Nous vivons au rythme des arrêts qui ne sont pas très fréquents, des repas et des grignotages, des siestes…Aux arrêts certains sortent fumer, les autres se dégourdissent les jambes, profitent du réseau pour téléphoner, observent les marchandises des marchands ambulants ou vont acheter quelque chose à manger dans les kiosques qui vendent saucisses, poissons fumés, sachets de thé, glaces, soupes instantanées qu’on appelle ici lapcha…Bref tout ce qu’il faut pour se ravitailler mais c’est assez cher, monopole sur la voie ferrée oblige. A l’arrêt qui était le plus animé, on nous a proposé des peluches (c’est vrai qu’on est déjà pas du tout à l’étroit dans les wagons!!), des petites barquettes de repas maison tout préparés, des groseilles, des framboises et des myrtilles toutes droits venues  des datchas des babouchkas qui les vendent sur le quai. A bord du train se mélangent les odeurs de bouillon, de saucisse, des gens…Vont et viennent dans le couloir les passagers avec leurs tasses ou bien leur plat de nouilles, pour aller chercher de l’eau bouillante à disposition en tête du wagon dans un immense samovar. Tout ce petit monde dort, boit du thé, fait du canevas, mangent des siematchkis – des graines de tournesol grillées et encore dans leur écorce, qui sont l’un des grignotages préférés des russes, joue aux cartes, bouquine, fait des mots croisés, discute, somnole… Avec des trajets aussi longs, on perd rapidement la notion du temps et on a vite fait d’osciller entre un mélange de torpeur et de douce rêverie. Les repas c’est ce qui est le plus sympa, c’est tout un cérémonial. On sort son torchon sur la table et en règle générale on retrouve des concombres, des tomates, des œufs durs, parfois du salo qui est du gras de porc fumé ( !), des siemiatchkis, des nouilles, du pain, de la saucisse, du thé, des petits gâteaux secs et des konfietis qui sont des petits bonbons le plus souvent à base de chocolat et qui se déclinent sous de multiples variations. Il faut s’imaginer, pour les voyageurs sur des longues distances, jusque 6 ou 7 jours de train, il faut apporter à bord tout son ravitaillement.

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pique-nique typique

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Les fameuses semetchkis

J’ai été  étonnée par la manière dont tout le monde semble s’accommoder de la promiscuité de mise entre passagers. Par exemple, la personne qui occupe le lit du haut peut tranquillement être assise sur le lit du voisin du dessous pendant que celui-ci dort. C’est bien sur normal vu qu’en haut on ne peut se tenir qu’allongé et qu’il n’y a pas de table, mais que personne ne ronchonne m’a surprise. Mon amie Ksioucha à qui j’en ai parlé m’a répondu : « c’est ça l’unité du peuple russe !» Le soir, à 23h, extinction des feux pour tout le monde. Les lumières s’éteignent et peu à peu chacun s’endort. C’est mon moment préféré : tout est silencieux, on entend que le roulement du train, les soupirs des passagers et on s’enfonce peu à peu dans une douce léthargie jusqu’au petit matin. Mes amis m’ont dit que j’avais eu de la chance car on peut tomber sur des moujiks qui picolent et beuglent, des bébés qui braillent. J’ai quand même eu droit aux moujikis un brin soûls qui tenaient absolument à m’offrir une bière et du poisson fumé (ah ils savent parler aux femmes!)

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Trop de love

Ah et j’ai oublié le principal: non il n’y a pas de douches à bord, du coup pour faire sa toilette de chat, c’est dans les toilettes, dans le lavabo.

Enfin mon dernier trajet, après quelques jours à Kazan, a duré 24 heures jusqu’à Saint-Pétersbourg. Et j’étais presque triste quand il a fallu descendre du train !

Un an plus tard, j’ai passé une semaine dans le transsibérien et voilà ce que ça donne Une semaine dans le transsibérien – Путешествие по Транссибу

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