Mon dictionnaire de la Russie

Voilà presque un an et demi que j’habite en Russie en Sibérie, et on me demande souvent ce que je peux bien faire là-bas, s’il y a le métro, si j’ai déjà vu des ours, si j’ai une chapka et cie. Pour  vous donner une idée de ce à quoi ressemble le quotidien, le mieux est encore de vous donner des exemples concrets de musiques qu’on écoute souvent, de plats typiques qu’on cuisine entre amis, d’aspects culturels spécifiques  ou encore de moments qu’on passe ensemble. Alors voilà, si on me demandait ce que j’associe spontanément à mon quotidien en Russie à chaque lettre de l’alphabet, voilà ce que ça donnerait:

A- Akademgorodok – Академгородок

DSC_1755

Heureux hasard, la première lettre de l’alphabet coïncide avec la première lettre de la petite ville où j’habite depuis septembre 2014. Akademgordok est en réalité composé de deux mots qui permettent de comprendre de quoi il s’agit : Akadem – comme académique en français, soit universitaire, et de gorodok, qui signifie petite ville. Akademgorodok est donc comme son nom l’indique une ville universitaire et un centre de recherche à la renommée mondiale, crée à partir de rien ou plutôt d’une forêt de bouleaux à quelques kilomètres de Novossibirsk à la fin des années 50.

B – Babouchka – Бабушка

baboul 2

Babouchka, Baboul, Baloulia….Tous ces mots ne désignent qu’une seule et même personne : la grand-mère. Les Babouchkas sont partout, à l’entrée des résidences universitaires dont elles surveillent les allées et venues pour compléter leur maigres retraites, près du supermarché pour vendre des produits de leur production, dans les autobus publiques, à l’hôpital dans les files d’attentes (qu’elles grillent l’air de rien…) Elles forment une classe à part dans la société russe, avec leur statut et leur habitudes. Elles ont par exemple une place importante dans l’éducation des petits-enfants étant donné le manque de structures adéquates suffisantes pour garder les enfants en bas âge ou après l’école, elles prennent alors ce rôle de deuxième maman pour aider leurs enfants. Elles paraissent très nombreuses car très souvent le diédouchka – le grand-père- est déjà décédé, l’espérance de vie des hommes étant bien inférieure à celles des femmes.

babouchka et le bus
Les baboulias à l’assaut du bus à 7h du matin

« B » c’est aussi une région éloignée de Sibérie, la Bouriatie, que vous pouvez découvrir en bande-dessinée et en photos

C – Chaussons – Тапочки

Pourquoi les chaussons ?! Parce qu’une habitude typiquement russe est de se déchausser une fois passé le seuil de la maison. L’idéal est d’avoir aussi quelques paires en rab pour les invités de passage. Au départ je ne me prêtais pas à la coutume, mais je m’y suis mise très rapidement car à l’extérieur entre la terre en été, la gadoue au printemps et en automne ou encore la neige en hiver, on ramène toutes ces saletés chez soi sur les semelles.

D – Datcha – Дача

Ah comment ne pas évoquer la datcha russe…La datcha est en principe la maison de vacances des russes, mais pas du tout au sens où les français l’entendent, du moins si l’on parle de la datcha traditionnelle. La datcha peut très bien être située à seulement quelques kilomètres de son lieu de résidence principale, l’important est qu’elle soit un peu éloignée de la ville et dans la campagne, afin de pouvoir y faire pousser un potager. Grace à ce potager, on peut nourrir plusieurs membres de la famille de pommes de terre, de baies en tout genre, d’aneth, de fruits et légumes pour plusieurs mois et faire ses propres salaisons – notamment de concombres a la russe ou de tomates dans d’énormes bocaux en verre que la grand-mère refilera aux enfants et petits-enfants. Pour en savoir plus sur la datcha, par ici : https://dansmesvalenkis.wordpress.com/2016/02/13/la-datcha-russe

Quelques photos d’un de mes photographes préférés, Jonas Bendiksen:

02-dacha-family-connections-670

Russian Summer
RUSSIA. 2011. Valday Region. Retiree Sergey Alekseyevich Yudin, 63, burning weeds in his garden in Nertsi
Russian Summer
2011. RUSSIA. Valday Region. Retiree Valentina Vanyutkina watering her lush garden in the evening.

E –« Ejik v toumanie » – Ёжик в тумане 

« Ejik v toumanie » signifie « le hérisson dans le brouillard» et est un dessin animé (moultik) culte en Russie datant de 1975. C’est un des premiers moultiks soviétiques que j’ai regardé, et il m’a tout de suite transporté dans son univers poétique et fantasmagorique. Regardez –le avec des sous-titres français ici, ça prend moins de dix minutes:

F – « Fou fou ! » – Фу!

Une des premières fois où j’ai entendu ce fameux « fou fou », je me suis demandée ce que c’était. En fait en russe cela veut dire « Pouah ! », « Dégoûtant ! ». A prononcer en faisant la grimace et en plissant les yeux.

G – Gopnik – Гопник

gop 4Nous abordons là un pan entier de la culture russe. Le Gopnik. Le gopnik est un peu l’équivalent de notre racaille française. Mais le gopnik a une essence très définie, allant d’un langage bien particulier à des caractéristiques vestimentaires précises. Pour ce  qui est du look, tout gopnik qui se respecte possède un survêtement (de préférence  Adidas, la marque est très importante), se coiffe d’un bonnet ou d’une casquette a la gavroche, porte une veste en cuir,  arbore une chaîne au cou, dévore des siematchkis (des graines de tournesol grillées), s’accroupit à genoux pour boire ou fumer, porte les cheveux coupés très court et il a la cigarette coincée derrière l’oreille.

Les gopniks étaient particulièrement représentatifs de la Russie des années 90, quand l’effondrement de l’URSS a laissé le pays à la merci de groupes organisés et criminels en tout genre. Cependant les gopniks sont apparus dès les années 80 et ne sont pas pour autant de vrais criminels mais plutôt des petits voleurs, qui cherchent la bagarre et à tabasser sans raisons les passants qui viendraient à les croiser, surtout la nuit. Le clip V.I.P. du groupe de rock « Leningrad » est un bon exemple de gopniks:  

              

H – Hospitalité – Гостеприимство

On peut au premier abord avoir l’impression que les russes sont bourrus et dépressifs car ils sourient peu. C’est un des grands clichés qui leur colle à la peau. Ca me faisait un peu peur en débarquant ici. En fait, c’est plus compliqué que ça. En apparence oui ils font un peu porte de prison mais une fois que ton interlocuteur a compris si tu étais quelqu’un pour lui (ou non), il t’adopte (ou pas), on t’invitera  à la maison et on t’aidera pour tout – à la limite parfois de l’infantilisation. Bon à savoir, quand  tu es invité chez quelqu’un, mieux vaut ne pas avoir mangé depuis une semaine car parfois tu crois que tu passes juste pour prendre le thé et tu te retrouves devant ça :a42b5fe73bac19bb838c3c5658f14ec6_937

OMG-GIF_2 (1)

I – Ikra – le caviar

Le caviar. Alors je vais être obligée de briser un mythe : le caviar noir est très cher en Russie aussi et je n’en mange pas une louche par jour. En fait, par caviar en Russie on n’entend pas nécessairement caviar d’esturgeon (soit le caviar noir) mais tous les œufs de poisson. Le caviar rouge est beaucoup plus courant mais reste néanmoins un plaisir délicat et festif. C’est par exemple une garniture de blinis délicieuse avec la crème fraîche locale – la smetana. On peut par exemple les préparer pour le nouvel an russe ou pour la chandeleur russe. Comme ça reste pas donné, l’idéal est encore de s’en procurer par des amis ou de la famille qui habite au Kamchatka ou tout simplement plus près des côtes Pacifique où il est forcément moins cher. La dernière fois que j’en ai dégusté, c’était la tante de mon amie Nadia qui habite à Sakhaline qui lui en avait apporté avec des poissons secs (oui, ça fait pas rêver mais personne ne s’est intoxiqué!)

1385455027_krasnaya-ikra-1280x800-5323290

J- Jrat – Жрать

En russe, il y a énormément d’argot, d’expressions dans le langage de tous les jours. Jrat en est une illustration : avec mes copines c’est un des mots qu’on utilise (malheureusement) le plus souvent et qui signifie « se goinfrer »

жрать 2
« Les filles, apprenez à cuisiner ! Peu importe avec qui vous allez vous marier, dans tous les cas il voudra se bâfrer ! »

К – Kino- Кино

Kino
Ça en fait du poil

Un des  groupes de rock emblématiques soviétiques c’est le groupe Kino et son leader Viktor Tsoï, très actif dans les années 80 à l’époque de la perestroïka initiée à partir de 1985 par Gorbatchev et qui a introduit plus de libertés dans la société, y compris artistiques. Le rock de Tsoï, chanté en russe, était tout à fait inédit. Encore aujourd’hui j’ai plein d’amis qui l’écoute. Du coup c’est souvent la musique de fond de nos soirées thé-guitare.

« Peremen » qui signifie changement en russe, est un de leurs titres emblématiques:

L – Lada – Лада

La Lada, c’est la voiture soviétique par excellence. La marque a été créée en 1966 après une directive du Parti communiste pour créer une nouvelle usine automobiles en URRSS. En fait, en URSS et en Russie on l’appelle pas Lada mais jigouli. C’est pour le marché extérieur qu’on l’a appelé Lada, du nom de l’entreprise elle-même, car vous serez d’accord que Jigouli ça sonne un peu gigolo.

Ici je vois encore pas mal de ces vieilles Lada, notamment celle-ci toujours près des résidences étudiantes et qui apparemment roule encore….

DSC_0168
La Lada de l’au-delà

Quelques publicités d’époque pour Lada:

лада 2
La lada au ski
лада 3
La lada pour chiner
лада пик ник
La lada en pic-nic
лада
La lada et un beau gosse en bottes en plastique

Sinon il y a ici pas mal de voitures japonaises qui ont le volant à droite. Ça s’explique par la (relative) proximité du Japon où les voitures sont moins chères.

M- Marchroutka – Маршрутка

En regardant dans le dico, j’ai trouvé la définition suivante : « taxi collectif à itinéraire fixe ». Pas sûre que ça vous éclaire plus. Voilà ce à quoi ça ressemble dans la réalité :

src_543daddd65bdf867

C’est en fait une sorte de mini autobus qui suit un trajet fixe mais à la différence des autobus, ce n’est pas un service public. Les marchroutkas existaient déjà en URSS mais elles ont connu leur essor dans les années 90, quand l’effondrement de l’union soviétique a entraîné un retrait de l’Etat dans toutes les sphères de l’économie et notamment dans les transports en commun. Les marchroutkas se sont alors développées.

Il faut  connaître leurs numéros et leurs itinéraires, c’est tout un art car, d’une part aux arrêts il n’y a pas de plans explicatifs, et d’autre part les arrêts sont parfois à peine indiqués. Parfois il y a juste un pylône cerné par deux âmes en peine, et tu en déduis que c’est peut être un arrêt. Une fois, alors qu’il faisait un froid de gueux et qu’il neigeait, j’étais persuadée d’être à l’arrêt d’autobus car deux babouchkas étaient plantées là et je me disais que l’arrêt devait être dans les parages. QUE NENNI. J’ai bien poiroté 20 minutes avant qu’elles partent chacune de leur côté et que je comprenne que j’étais tombée dans un piège. Elles ont fait exprès j’en suis sûre.

Les marchroutkas sont plus chères que l’autobus mais bien plus fréquentes. Le modèle emblématique de marchroutka s’appelle la Gazelle (du mot GAZ) et ce n’est pas qu’une image : tu as vraiment l’impression de voyager à dos de kangourou, entre l’état des véhicules, qui sont parfois vraiment vieux, et  les routes-gruyères. Une fois monté à bord de la marchroutka, il faut payer directement le conducteur : commence alors l’agitation dans la cabine. Il faut faire l’appoint, s’arranger avec ses voisins et faire passer l’ensemble au chauffeur (d’où cette phrase typique dans le marchroutka : « faîtes passez s’il-vous-plaît ») et finalement récupérer la monnaie. Le cauchemar, trop de responsabilités. Résultat, j’ai développé des stratégies pour soit avoir toujours l‘appoint, soit m’assoir à l’avant à côté du chauffeur et n’avoir rien à faire, soit m’assoir au fond de la cabine et refiler cette mission à quelqu’un d’autre.

marchroutka
«Faîtes passez s’il-vous-plaît », « Au prochain arrêt s’il-vous-plaît »

Il faut voir avec quelle dextérité le chauffeur peut à la fois régler la radio, être au téléphone, passer les vitesses, fumer une clope et faire l’appoint ! Ça fait limite peur.

  • Dans la marchroutka, il y a de la musique de marchroutkas, c’est-à-dire l’indétrônable radio Datcha, qui vous hurle de la pop russe dans les oreilles (mais j’aime bien, ça a son charme) qui sonne comme ça : http://www.radiodacha.ru/player.htm

радио дача

  • Il y a aussi des chauffeurs au goût déco très classe :  mon amie Nastia avec des jeunes filles pas frileusesnastia dans la marchrout-2
  • Ou encore des as en géographie : un  jour, un chauffeur me demande à quel arrêt je descends et, entendant mon accent, me demande d’où je viens. Je lui réponds que je viens de France. Ce à quoi il me répond :

« Ah c’est dans quelle quartier ça ?! Du côté de la rive gauche [de la rivière Ob] ?! »

« Euh, non, en fait c’est un autre pays, là-bas, loin, à environ 5000 kilomètres et des poussières… »

N – Neige – Cнег

Etant donné que j’habite en Sibérie, impossible de ne pas évoquer la neige qui tombe dès octobre et fond jusqu’en avril. Le mieux est encore de regarder des photos pour se rendre compte de la quantité qui tombe : DSC_2405

DSC_3198

Dans la forêt entre les résidences étudiantes et les instituts

DSC_5168
Dans une des rues principales d’Akademgorodok
DSC_5172
La crèche du Noël orthodoxe qui a lieu le 7 janvier
DSC_5173
Le toit de l’église avec ses dômes comme des pommes de pin
DSC_5175
Aux abords de l’église d’Akademgorodok

DSC_5176

Alors bien sûr il y a des jours où j’ai envie de sentir l’asphalte sous mes talons et de ne pas marcher comme un pingouin sur les plaques de glace mais pour l’instant je ne me suis pas lassée et je partage plutôt le sentiment d’Andreï:

NzpyJA_sPCE

« Rien de spécial, Andreï s’est simplement étendu dans la duveteuse neige de décembre en allant au travail.

Et il a retrouvé son calme. »

О – Ogourets – Cornichon

Une des spécialités russes vous l’aurez compris, c’est le cornichon à la russe – en russe on les appelle « cornichons peu salés ». Ils sont préparés à la chaîne l’été à la datcha dans d’énormes bocaux en verre avec de l’aneth, des herbes, de l’eau et du vinaigre. Toute babouchka digne de ce nom va en ensuite essayer de refourguer à ces petits-enfants. Par exemple chez mon amie Nastia :

DSC_5226re

P – Pelmenis – Пельмени

C’est une des grandes spécialités russes, une sorte de petit ravioli à la viande. Quand on parle de pelmenis sibériens, en principe ils ont la particularité d’être farcis de viande de renne. Mais bon, ça c’était il y a longtemps, ou alors je n’ai pas eu de chance car en règle générale ces pelmenis sont composés d’une farce mi- bœuf mi- porc ainsi que d’oignons et d’ails hachés. Les hommes qui partaient chasser emportaient avec eux ces petites ravioles car il suffit d’eau bouillante pour les faire cuire et le froid ambiant faisait office de congélateur. Aujourd’hui j’ai l’impression qu’il y a :

– le pelmeni de luxe, quand tu fais toi-même la farce, la pâte et que tu les façonnes maison.

le plemeni de cantine : les pelmenis achetés surgelés, c’est la nourriture étudiante pratique, pas chère et qui tient bien au corps. La preuve, le congélo de notre cuisine commune en est rempli.

A Akadem, les pelmenis sont même devenus trendy : un restaurant les façonne sous vos yeux et de toutes les sortes. L’endroit s’appelle « Pelmenissimo » et s’il sonne italien ça n’est pas sans raison : à côté des pelmenis sont préparées…des pizzas ! Ça peut paraître étrange de réunir dans un même endroit des produits si différents, et je me fais souvent la réflexion que dans les cafés et les restaurants – qui sont très différents des nôtres, je vous raconterai ça dans un autre article – il y a souvent un peu tout et n’importe quoi au menu. On peut parfois trouver à la carte des sushis, de la cuisine russe en passant par de la viande grillée. Ca m’interpelle car, d’une part, ça veut dire qu’il y a surement pas mal de surgelés vu la longueur des cartes, et d’autre part, on ne peut pas être bon partout, à la fois maître du sushi et du brasero. Résultat pour moi ce n’est pas vraiment un gage de qualité quand c’est ce genre de carte. J’en faisais part à des copains, qui m’ont dit qu’au contraire, c’était super car quand tu vas au resto au moins tu es sur que tout le monde y trouve son compte. En fait c’est là une différences par rapport à mes amis : la plupart se moquent pas mal que ce soit du surgelé ou pas, de savoir un minimum d’où viennent tes produits, que ce soit de saison ou pas. Il faut dire aussi que l’écologie n’est pas franchement un souci pour la majorité de mes connaissances. Grace / à cause du chauffage central, personnes ne se gênent pour ouvrir les fenêtres même avec les radiateurs ouverts que, de toute façon on ne peut pas toujours régler. Il n’y a pas le tri non plus. Les lumières sont tout le temps allumées. Encore hier j’étais chez une amie et au moment de sortir, je lui fais remarquer qu’elle a laissé toutes les lampes allumées. Elle n’a absolument pas voulu les éteindre en m’expliquant qu’elle avait peur du noir quand elle revenait chez elle le soir et qu’à son échelle ça ne faisait aucune différence…Et pourtant c’est une physicienne, elle a déjà été à l’étranger, elle est au courant du réchauffement climatique tout ça tout ça, mais ça ne lui fait ni chaud ni froid. C’est vrai que c’est un peu dur à comprendre pour moi qui ai toujours entendu parents et grands-parents dire « Éteins, c’est pas Versailles ici ! » Ensuite, il n’y a pas du tout de produits bios. Je m’explique ça ainsi : les produits bios sont plus chers, or la majorité de la population russe est pauvre. Un copain me disait, que quand tout le monde aurait à manger convenablement et que le niveau de vie serait dans l’ensemble meilleur, les gens s’intéresseraient plus à ces produits et que l’offre se développerait peut-être, mais que pour l’instant c’est loin d’être une priorité. Enfin tout ça pour dire que dans ce resto il y a des raviolis et des pizzas.

DSC_5229re
Déjeuner gastronomique chez Nastia: pelmenis et légumes de la datcha

Q – Queue –  Очередь

Qui est la dernière / кто последний?

Faire la queue est assez fréquent ici : pour les transports en commun, pour un n-ième papier dans un x-ième bureau, à l’hôpital, pour faire renouveler une carte étudiante…A tel point que lorsque tu arrives près d’une file d’attente, il faut demander « kto posledniy » qui signifie « qui est le dernier ? »

C’est super pratique en fait et c’est drôle de voir que vraiment tout le monde se plie à la règle. On m’a dit que ça datait de l’époque soviétique quand il a commencé à avoir de grosses pénuries et qu’il fallait faire la queue pour tout. Un tableau célèbre du peintre Syndoukov exposé au Musée russe de Saint-Pétersbourg illustre cette situation :

очередь сундуков 1986
La queue, Soundoukov / Сундуков, Очередь 1986

R – Rassol – Рассол

Le rassol c’est la saumure c’est-à-dire le liquide des cornichons. C’est THE remède contre la gueule de bois, sans rigoler. J’ai même un bocal au cas où…

Le précieux rassol

S -Smetana – Сметана

J’en avais déjà parlé ici à propos du Bortsch https://dansmesvalenkis.wordpress.com/2016/02/16/bonne-a-marier-ou-comment-jai-appris-a-cuisiner-le-bortsch/

La smetana c’est l’un des produits de base en Russie car l’équivalent de notre crème fraîche. Elle sert à tout, pour agrémenter les soupes, les pelmenis, les blinis

3114622.gif
Quand je dis à mes amis qu’on n’a pas de smetana en France / когда я говорю друзьям, что во Франции нет сметаны

T – Thé – Чай

Avec nos clichés on pense un peu vite que forcément la boisson nationale russe c’est la vodka. Alors en fait j’ai l’impression que c’est le thé ! On y pense pas forcément mais je considère que c’est un pan entier de la culture russe. Je crois qu’ici je ne bois de l’eau qu’une à deux fois par semaine, sans rigoler, le reste du temps c’est du thé. La raison principale, c’est que l’eau n’est pas potable et il vaut mieux la faire bouillir avant de la consommer. Résultat, on fait du thé. Ensuite c’est qu’il ne fait quand même pas très chaud ici, et un bon thé fumant vous revigore bien. Quand on s’invite entre amis, c’est presque toujours « pour boire le thé », un peu comme en France on dirait « on se prend un verre / un café ». Ah et c’est important de préciser aussi qu’en règle générale, c’est chez soi et pas à l’extérieur. Ensuite on peut bavarder des heures et des heures autour de ce thé. Pour accompagner le thé, il y a une multitude de biscuits et quand tu es invité, on te demande d’habitude d’apporter « quelque chose pour le thé.» On me pose souvent cette question, malheureusement mes amis et moi n’avons pas de Samovar mais des bouilloires. Une des particularités de la préparation du thé c’est d’en faire infuser une petite quantité très concentrée, et ensuite d’ajouter de l’eau bouillante (le kipitok.) C’est plus économique car tu ne te retrouves pas avec une grosse théière déjà infusée que tu n’as pas bu jusqu’à la fin.

DSC_0081.jpg
Chez Artiom et Liocha

Le thé s’est aussi pour passer le temps en grignotant quelque chose : que ce soit les babouchkas à l’entrée des résidences étudiantes, les gardes à l’université, dans les bureaux à l’université (où il y a toujours une petite table avec bouilloire, biscuits, sucre, tasses), tout le monde en boit.

Dans les prisons, mes copains m’ont parlé du Tchifir (Чифир) qui est du thé extrêmement concentré et que boivent les prisonniers pour s’envoyer dans les vapes.

A la lettre T, il faudrait bien entendu rajouter Train et Transsibérien, mais pour ça il faut des articles entiers: Une semaine dans le transsibérien (et sans douche) – Путешествие по Транссибу et encore Le transsibérien: de Novossibirsk à Saint-Pétersbourg

U -ce son n’existe pas en russe, on arrive à la fin de l’alphabet et j’ai la flemme / Мне лень!

V + W- Vodka – Водка

Etant donné que c’est ce à quoi tout le monde pense en évoquant la Russie, je ne pouvais pas faire l’impasse sur la vodka. J’ai été agréablement surprise de constater qu’en fait ici les gens ne picolent pas comme des trous. Mais attention, mon expérience n’est pas vraiment représentative. La ville où j’habite est surtout habitée par des chercheurs, des étudiants, des professeurs ou des gens de la classe supérieure car c’est le quartier le plus cher de Novossibirsk en termes d’immobilier et un centre universitaire et de recherche. J’ai même des amis qui par principe ne boivent pas une goutte d’alcool (et ne fument pas non plus). Ils ont tous arrêtés en même temps et pour eux c’est une revendication presque politique. Ils m’expliquent que pendant les années 90 les gens buvaient, fumaient, que le niveau de vie était horrible et pour eux c’est une manière de se positionner comme une nouvelle génération de ne pas boire et d’avoir un mode de vie plus sain. Bien entendu tout le monde ne fait pas comme eux dans le milieu étudiant et encore moins dans les campagnes où les gens boivent énormément. Néanmoins dans mon milieu et à l’université, j’ai été étonnée que les gens ne boivent pas tellement que ça. On picole pas mal en France aussi en fait!

Х – Korocho –  Хорошо

«Хорошо» signifie «bien» en russe. Une des phrases typiquement russes c’est « Tout ira bien » – « всё будет хорощо !» L’optimisme des Russes est souvent sans faille parfois à la limite du raisonnable… Ça m’est souvent arrivé de paniquer ici pour de multiples raisons, et en règle générale c’est la réponse qu’on te donne à la fin de la conversation: tout ira bien!

У – Ouzbek – Узбекская еда

DSC_0170re.jpg
Avec Ksioucha au café Kazan: Plov, soupe de Laghmans, liepiochka et tchéboureks

Quand y’en a marre de la cuisine russe qui manque à mon goût de piquant et d’épices, il y une multitude d’options grâce à la cuisine d’Asie centrale, en provenance des anciens pays satellites de l’URSS : cuisine ouzbèke, tadjike ou encore kirghize. Une petite carte pour ceux qui auraient oublier où se trouvent tous ces pays en « stan »

URSS-carte

Dans l’ensemble, les cuisines de ces pays se ressemblent. Elles ont en commun la viande de mouton, le riz, les carottes et les oignons ainsi que les épices (Youuu ouhhh, trop de variété). Le plat le plus commun qui prend des appellations différentes en fonction du pays, c’est le Plov. C’est un plat à base de riz sauté qui s’imbibe du jus de la viande, de carottes, d’oignons, d’ail et de morceaux de mouton. Il est cuisiné dans une grosse marmite en fonte qu’on appelle Kazan, et de préférence au feu de bois. Dans la cuisine ouzbèke on retrouve aussi une soupe à base de longues nouilles, appelées Laghmans, des gros raviolis à la viande appelés Mantys, du pain ultra-moelleux à base de farine blanche en forme de galette appelés liepiochka, des samoussas à la viande, des tcheboureks qui sont des beignets frits et farcis à la viande, aux oignons et aux herbes… C’est pas super diététique, pas mal d’huile et de féculents, mais c’est une cuisine très aromatique qui me rappelle la cuisine iranienne par ses accents orientaux.

Z – Zéfir – Зефир

Le zéfir ressemble à ça :133531_1
Ça ressemble à une meringue mais ça n’en est pas une: ça se rapproche plutôt du  marshmallow par la consistance. Les zéfirs sont fabriqués avec de la purée de pommes, de l’agar-agar et des blancs d’œufs. C’est moelleux, sucré, blanc-rosé. Oui ça ressemble presque à un sein si on continue dans cette direction. De là à dire que ça explique le plaisir régressif du zéfir il n’y a qu’un pas, que je ne ferai pas ! La marque la plus classe pour les zéfirs s’appelle Charmelle et ils ont un marketing à fond orienté vers les femmes, voilà ce que donne le message à l’arrière de la boîte de leurs produits :

« Belles dames ! N’oubliez-pas que pour entretenir votre charme, il faut ne serait-ce qu’une fois par jour s’octroyer un petit plaisir. C’est bien normal de se faire une gâterie ! Charmelle, ce sont de délicates et légères friandises qui fondent en bouche, une occasion parfaite de se faire plaisir. Charmelle – une petite joie féminine » 

Peut-être que je sur-réagis, mais je trouve que c’est l’avalanche de rose, de clichés sur le caractère doux et un peu superficielle des femmes, du genre youpi tout va bien aujourd’hui parce que j’ai mangé une GUIMAUVE. En lisant ça j’ai moi-même l’impression d’être un gros loukoum rose recouvert de crème chantilly.

 

Et voilà l’alphabet est terminé! Et pour les curieux, voilà ce à quoi ressemble l’alphabet cyrillique:

алфавит

Vous voulez encore plus de croustillant? La suite est sortie ici: Mon dictionnaire de la Russie, tome 2

Et pour les trucs les plus bizarres de la vie quotidienne: Cabinet de curiosités russe

Publicités

13 réflexions sur « Mon dictionnaire de la Russie »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s