Arrêt à Tomsk, une des plus anciennes villes de Sibérie

Tomsk est à environ 4 heures et demie de Novossibirsk en autobus (soit 310 km), ce qui n’est vraiment pas bien loin pour la Russie ! Alors quand on m’a proposé de partir le temps d’un week-end pour un festival dans ce qui est l’une des plus anciennes villes de Sibérie, je n’ai pas hésité longtemps. Ledit festival se déroule sous la forme de récits de voyages, accompagnés de vidéos et de diaporamas de photos. Je suis partie avec un ami de l’institut d’aérodynamique et son collègue docteur en physiques mathématiques d’une soixantaine d’années, Vladimir, qui nous a entraîné là-bas lui-même participant au festival. Il a fait le tour du monde plusieurs fois, à vélo, par voie maritime, par voie aérienne et enfin en suivant l’équateur (oui oui, sérieusement).

Avec mon ami Gleb, après trois heures sur place on a préféré aller faire le tour de la ville et voilà ce que ça donne.

Pour les deux mots d’histoire, Tomsk a été fondée en 1604 sur ordre du tsar Boris Godounov comme une place forte en bordure du fleuve Tom (река Томь.) Tomsk a d’ailleurs longtemps été la ville la plus importante de Sibérie car elle était située à un endroit stratégique, sur la route reliant la Chine à Moscou au 17ème siècle. Ensuite, avec la construction du transsibérien passant par Novossibirsk, Tomsk a perdu sa place de plaque tournante commerciale au détriment de sa voisine.

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La gare de Tomsk
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Dans le bus

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On sent très vite que la ville est ancienne car il y a un nombre impressionnant de vieilles maisons en bois datant des 18ème et 19ème siècles ainsi que des maisons en briques rouges comme on n’en construit plus aujourd’hui. Certaines de ces maisons sont restaurées, mais dans l’ensemble, j’ai trouvé que c’était un peu déprimant : bon nombre de ces maisons en bois tombent complètement en décrépitude malgré qu’elles soient habitées. Soit elles tombent en ruines, soit des réparations sont effectuées mais alors c’est vraiment très éclectique. Sur une seule de ces maisons il peut y avoir quinze fenêtres différentes, de la fenêtre en bois d’origine aux fenêtres en PVC blanches rutilantes qui ne correspondent pas du tout au style historique. Je ne veux pas trop juger, car le manque de moyens est l’un des facteurs expliquant cette triste situation. Néanmoins, il y a quelques perles qui valent le détour.

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L’amour des russes pour les peluches ne fait que se confirmer!

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On les trouve notamment sur le prospekt Lenina, l’artère centrale de la ville. Soit-dit en passant, toutes les villes de l’ex-Russie soviétique possèdent leur Avenue Lénine et leur place Lénine, où trône ce bon vieil Vladimir Ilitch Oulianov.

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Lénine trônant devant un magasin de robes de mariée

Dans l’ensemble à Tomsk comme partout en Russie d’après ce que j’ai pu voir au cours de mes voyages, l’architecture est disparate. Se côtoient  les vieilles maisons en bois russes ; les édifices qu’on appelle « Stalinkis » construits sous Staline (d’où leur appellation), empreints du style néoclassique, massifs et élégants à la fois ;  les «Kroutchiovikis», construits sous Kroutchiev, des immeubles rectangulaires tous identiques et symbole du soviétisme ; et enfin il y a les immeubles modernes, beaucoup plus hauts et pas toujours de très bon goût. Le tout forme un vrai bric à brac sans unité architecturale.

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Lieu de rencontre pour bisous
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Un palmier au balcon d’un Kroutchiovik

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La rue principale Lénine, pas très ragoûtante à cause de la fonte de la neige

Sinon ce qui m’a frappé à Tomsk, c’est à quel point il y a des d’jeuns ! Cette énergie se sent dans la ville.  En fait ça s’explique de manière très simple par le nombre d’universités dans la ville. Tomsk est la plus grande ville universitaire de Russie après Moscou et Saint-Pétersbourg grâce à ces sept universités. C’est d’ailleurs ici qu’a été fondée en 1888 la première université de Sibérie.

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Dans l’unif
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L’université polytechnique
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Détail sur la façade, le cuirassé Aurora de 1917
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Une cabine avec des livres à échanger
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Le pont entre l’université du 19ème et la bibliothèque à l’architecture soviétique- pont entre les générations
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Une des universités
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Une sculpture de glace en pleine fonte devant la fac

Dans le centre-ville on peut également visiter l’ancienne prison du NKVD, l’ancêtre du KGB. On descend un escalier et on se retrouve dans le sous-sol où étaient interrogés les suspects. Quatre cellules sont aménagées pour raconter l’histoire des habitants de Tomsk qui furent réprimés surtout lors des purges staliniennes des années 30. Pour moi, le simple fait qu’un musée existe était déjà en soi intéressant. Je m’explique : j’ai le sentiment que le passé des répressions et des goulags n’est pas digéré et le sujet, parmi mes amis en tout cas, n’intéresse pas trop. Comme s’il n’y avait pas de réel travail sur la mémoire comme ça peut être le cas par exemple en Allemagne avec leur passé nazi puis sur la période communiste, la Stasi et le mur de Berlin. Pour grand nombre de mes amis, les goulags et les purges, c’est de l’histoire ancienne, ça ne sert à rien de rabâcher. Par exemple j’avais été étonnée au début, que presque personne dans mon entourage n’ait lu Soljenitsyne alors qu’il est très connu et bénéficie d’une image positive chez nous en Europe. En Russie, c’est plus compliqué, il est perçu de manière différente par différents groupes de la population. Il faut différencier ce qu’en pense une frange cultivée de la population, qui vit dans les grandes villes et qu’on pourrait qualifier d’intelligentsia, et ce qu’en pense le commun des mortels. Résultat mon impression générale, est qu’on n’apprécie pas trop qu’il ne montre que les côtés négatifs de la Russie soviétique dans ses œuvres. Le copain avec qui j’étais, lui-même jeune docteur en physiques-mathématiques, a fait un rapide tour du musée, je lui demande si ça l’intéresse, ce à quoi il me répond : « bof, c’est toujours la même histoire. Arrêté, 10 ans de camps, ou alors fusillé. Qu’est-ce qu’on peut raconter de nouveau… » Pour ceux que « l’archipel du Goulag » effraye par son volume, vous pouvez lire le beaucoup plus court « Une journée d’Ivan Denissovitch.» Personnellement j’ai préféré (plus longs) « le Pavillon des cancéreux » et  « Le Premier Cercle.»

En poursuivent notre chemin, on arrive à un autre endroit phare de Tomsk : « Lagerniy Sad», un grand mémorial de la seconde guerre mondiale dans un parc donnant sur la rivière Tom. Au centre, l’énorme sculpture « La mère patrie remettant l’arme à son fils » et la flamme éternelle (ou du souvenir) surplombe le panorama et les stèles gravées des noms des Tomichis morts au combat.  Partout en Russie on retrouve ces statues colossales au style écrasant et très minimaliste glorifiant l’homme nouveau, carré, musclé, travailleur, impersonnel et de la femme communiste, elle aussi robuste, dévouée à la construction du communisme et défendant ses enfants.

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Lagerniy sad
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La flamme du souvenir
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Les stèles gravés des noms des soldats
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Une mangeoire du LDPR, un des partis politiques russes

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Panorama sur la rivière Tom

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En parlant de communisme, j’ai appris quelque chose sur Tomsk en cours d’histoire, une journée après être revenue de cette excursion, concernant la première révolution russe de 1905. Pour vous redonner le contexte et comprendre les évènements de Tomsk, quelques lignes sur cette première révolution : en janvier 1905, commencent des grèves à Saint-Pétersbourg, et le dimanche 22 janvier une foule d’ouvriers, de familles et d’habitants marchent en une procession pacifique vers le Palais d’hiver, résidence du Tsar, afin d’obtenir plus de droits pour les ouvriers, la fin de la censure, la cessation des terres aux paysans qui ont été libéré du servage en 1861 mais doivent racheter à des prix exorbitants les terres, et enfin la libération des révolutionnaires emprisonnés. Mais la manifestation tourne au drame quand les militaires tirent sur la foule, d’où le nom alors donné à cette journée de « Dimanche sanglant » (кровавое воскресенье). Après ces évènements, l’agitation ne fait qu’amplifier et en octobre 1905, une nouvelle grève générale fait céder le tsar Nicolas II qui signe le Manifeste d’octobre, donnant ainsi à la Russie, monarchie absolue, sa première assemblée nationale, la Douma. Les évènements de 1905 ont été représenté par le maître de la propagande soviétique des premières années, Eisenstein, dans le film le cuirassé Potemkine. Voici par exemple la scène célèbre des escaliers d’Odessa, lorsque la garde tsariste tire sur les manifestants.

Les idées socialistes n’ont pas enflammé la seule capitale : les sibériens sont aussi de la partie et en novembre 1905 les sociaux-démocrates de Tomsk se mobilisent. L’assemblée de la ville cesse de payer la police et réclame au gouverneur de Tomsk de libérer les prisonniers politiques. En novembre, alors que les sociaux-démocrates se réunissent dans le théâtre de la ville, un groupe de monarchistes et nationalistes (appelés les Cents noirs) leur tombe dessus, bloquant les issues et mettant le feu au bâtiment, ne laissant aucune chance aux personnes enfermées à l’intérieur.

Черносотенный погром 1905 года в Томске автор картины — Владимир Вучичевич-Сибирский
Le progrom de 1905 à Tomsk, Vladimir Vutchevitch-Siberien

Bon, et pour éviter de finir sur cette note pas très optimiste, sachez que Tomsk a une dernière célébrité: la marque de glace « 33 pingouins», crée en 2004 et qu’on retrouve aussi à Novossibirsk. Il faut préciser que la Russie est le seule pays que je connaisse où les gens mangent des glaces dans la rue en hiver même par -30 et il y a des kiosques à glaces absolument partout !

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33 pingouins

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Des poneys surgis de nul part
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Et oui, les enfants naissent dans les choux! Devant une maternité

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« Ma tête quand j’ai commandé plus épicé »
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2 réflexions sur « Arrêt à Tomsk, une des plus anciennes villes de Sibérie »

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