Voyage soviétique en mosaïque

En Russie il n’échappe pas au promeneur que bon nombre de stations de métro, de façades d’immeubles ou de monuments officiels sont ornés de panneaux de mosaïques monumentaux à la gloire de soldats de l’armée rouge, de travailleurs, d’ouvrières agricoles ou encore du père de la révolution bolchévique, Lénine. C’est sous le règne de Staline que cette mode ornementale est apparue, constituant ainsi une des facettes du style appelé empire stalinien ou classicisme stalinien.

Dans les années 1930 à 1950 architectes et décorateurs s’inspirèrent du style de la Grèce antique, comme un célèbre empereur français en son temps, pour concevoir bâtiments, meubles et décorations. Rien d’étonnant pour l’homme à la tête de l’immense empire soviétique de vouloir laisser à la postérité son idéologie à travers la mosaïque. Art pérenne, elle peut supporter les affres climatiques et délivrer son message à la vue de tous pendant des décennies, à la différence d’une fragile peinture murale. Communiquer par ces petites pierres, c’est affirmer sa confiance dans la vocation immuable des bâtiments – palais de la culture, usines, instituts scientifiques …- et au-delà de ça, sa foi dans la longévité de l’idéologie communiste. La deuxième période de l’histoire soviétique qui voit croître la popularité de l’art mosaïque date des années 1970 et 1980, alors que le régime s’essouffle.

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Dans le métro à Moscou
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à Moscou, le métro est un musée à lui tout seul

Si la jeune ville de Novossibirsk (130 ans d’existence seulement) n’est pas très riche en mosaïques, on en trouve néanmoins quelques unes, comme l’Institut de médecine expérimentale et l’artiste Vladimir Sokol y a laissé de nombreuses œuvres.  On lui doit cet impressionnant panneau « Ecriture et Presse » qui orne une des façades de « Sibérie soviétique », journal fondé en 1923 et qui édite aujourd’hui encore.

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…avec malheureusement un gros parking devant

On  retrouve dans cette fresque les éléments propres à l’art soviétique, comme la célébration des pères fondateurs du communisme sur la couverture du livre rouge portant leurs noms – Engels, Marx et Lénine.

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Les exploits scientifiques et technologiques de l’URSS sont aussi figurés:

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On trouve aussi le barrage de Saïano-Chouchensk bâti sur le fleuve Ienisseï et la voie ferrée BAM – « Baïkalo-Amourskaya Magistral – БАМ» en russe, et magistrale Baïkal Amour en français, projet de voie ferrée colossal ayant mobilisé toute une génération de jeunes communistes et avant eux des milliers de prisonniers du Goulag. Il y a aussi la taïga et le pétrole.
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La révolution de 1917 et la grande guerre patriotique de 1941-1945 ne manquent pas à l’appel, incarnées par des soldats miniatures à gauche du travailleur trônant au milieu du panneau.dsc_0427-guerre-legende

Mais ce qui fait l’intérêt particulier de cette œuvre c’est qu’elle fourmille de détails et de symboles du folklore russe moins habituels dans ce genre de fresque à la gloire du communisme. On trouve par exemple un Poséidon et son trident d’un côté, l’oiseau de feu des contes slaves de l’autre.

En haut à gauche du panneau, il pourrait s’agir de Nestor, moine de la deuxième moitié du 11ème siècle qui a écrit dans sa Chronique des temps passés l’histoire des slaves orientaux. A sa gauche, une enluminure devant la lettre « B » qui se lit « v » en russe. Peut-être (j’ai un peu joué aux devinettes pour déchiffrer les symboles de ce panneau, les experts ne m’en voudront pas !) que ce « B » rappelle la première phrase du prologue de l’évangile selon Jean – « au début il y a avait la Parole/le Verbe », (« v natchalié bilo slovo » – slovo se traduisant en russe par « parole » ou par « mot »). Etant donné qu’on parle d’une œuvre destinée à un journal et donc à la transmission par l’écriture, ça ne ma paraît pas être une explication si rocambolesque.

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Les trois petites boules rouges sur fond de disque blanc en haut à gauche, qu’on pourrait d’abord prendre pour des atomes, forment en réalité la Bannière de la Paix, inventée par l’artiste russe Nicholas Roerich et adoptée en 1935 par le Pacte du même nom, signé par une dizaine de pays. Il stipulait que les œuvres culturelles portants ce sigle devaient être épargnées par les destructions de guerre.

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des tuyaux bien étranges sur la façade du bâtiment

 

Plus prosaïques, quelques mosaïques de mon quartier, purement décorative.

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Ce qui est assez étonnant, c’est que dans ma quête de mosaïques mes amis ne me comprennent pas trop. Pour eux ce sont surtout des vieux machins décrépis. Sans parler de mon extase devant les mosaïques décoratives des HLM, alors là ça les dépasse. C’est vrai que c’est pas spécialement beau mais pour moi c’est un peu un sursaut d’esthétisme parmi cette mer d’immeubles tous gris et identiques et c’est enfin quelque chose qui permet de les différencier les uns des autres.

 

 

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