Une fête de mariage en Russie

Après un petit topo sur le mariage russe en tant qu’institution, je vous parle un peu des préparatifs et de la fête en elle-même.

Tout d’abord, il faut préciser qu’il s’agissait d’un mariage russo-bouriate, donc pas tout à fait à l’image d’un mariage typiquement russe. Je rappelle brièvement qu’en Russie on distingue la nationalité de la citoyenneté. On peut être citoyen russe mais de nationalité tatare ou bouriate. Résultat, des traditions russes et bouriates se sont mêlées lors de la préparation du mariage et pendant la fête.  En voici quelques exemples :

1 –  « L’achat » de la mariée

Une des traditions de mariage consiste en ce que le fiancé achète sa future femme. Les amies de la fiancée organisent ce qu’on appelle en russe le « vikoup ». C’est une série d’épreuves au cours desquelles le fiancé doit démontrer ses qualités et bien sûr payer à chaque étape pour enfin pouvoir approcher sa promise qui se cache durant le vikoup. Dans le cas du mariage d’Aioucha et de Nadia, cette dernière attendait dans la maison pendant qu’Aioucha se faisait cuisiner.

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Les préparatifs, Tonia, la témoin, les soeurs et moi
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les préparatifs
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Le père de Nadia acceuille sa mère

La première étape a eu lieu à la grille de la maison des parents de Nadia : les tantes de Nadia l’attendaient avec des shots de vodka et un foulard par terre. Pour passer, Aioucha devait donner le nom…des grands-mères de Nadia. Il a laissé un bon petit paquet de roubles sur le foulard car il répondait trop lentement. Première étape passée sans trop de difficultés.

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L’attente du fiancé
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L’arrivée d’Aioucha au vikoup
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Les deux grands-mère de Nadia, sa mère et sa tante Ira
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Les tantes de Nadia et la vodka

Deuxième étape une fois la grille passée : tirer les pétales d’une fleur en papier, chaque pétale portant un chiffre qui symbolisait quelque chose dans leur histoire d’amour. Avec obligation de s’en rappeler. Je sens que cette épreuve serait une torture pour pas mal d’hommes !

Troisième étape : Aioucha devait tirer dans un vase des petits papiers portant chacun un mot, et raconter une histoire sans interruption au fur et à mesure qu’il en piochait un nouveau.

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Quatrième étape : Il est temps de montrer que t’es un vrai moujik, du coup on l’a envoyé fendre du bois à la hache en costume. Avec mission de bûcher tant que les roubles glissés dans les fentes du tronc n’ont pas été découverts.

Cinquième étape : tirer des fléchettes les yeux bandés sur une cible où étaient énumérés les possibles futurs cadeaux qu’il allait faire à sa femme. apparemment ce sera 3 bambins! Tu parles d’un cadeau !

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3 fois ребёнок!

Au fur et à mesure des épreuves, on cochait la case de la qualité qu’il venait de démontrer.

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Intelligent, drôle, gai, futé, beau, fort, attentionné, généreux

Enfin, une fois admis dans la maison, il a encore fallu chanter pour faire sortir la mariée de sa chambre.

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Aioucha et Nadia

2 – La cérémonie au zaks

Une fois la mariée achetée, direction le Zaks, le lieu où l’on enregistre les mariages. Au premier étage on se retrouve dans cette petite pièce où nous accueille une dame très apprêtée dans sa robe longue rouge et sa mise en pli au taquet. Je ne comprends pas tout de suite, mais en fait c’est elle qui va officier le mariage, pas le maire. Il y aussi un DJ qui assure l’entrée des futurs mariés sur la marche nuptiale de Mendelson. Ensuite viennent les habituels « bla bla bla de la fonctionnaire » et la signature du registre.  Là où j’ai été la plus étonnée, c’est que les parents et les proches soient invités par la fonctionnaire à féliciter les mariés par un petit discours. L’autre détail vraiment étrange pour moi, ça a été lorsqu’elle a invité les mariés à leur première valse et qu’ils ont été suivis par leurs proches.

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Just married!

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En somme, cette cérémonie au zaks, j’ai trouvé que c’était un drôle de mélange entre les mariages civil et religieux. S’y mêlaient à la fois les codes du mariage civil, neutres et sans sentimentalisme : le lieu en lui-même est publique, on assiste à la lecture du code civil régulant le mariage, les mariés signent le registre ; d’autre part, il y a des éléments plus « folkloriques »: on a un DJ en jeans dans un coin, on danse, la fonctionnaire fait un petit topo sur l’amour entre les futurs époux, leur souhaite d’avoir plein d’enfants. Ah et un détail, en Russie l’alliance se porte à la main droite. J’ai questionné autour de moi à propos de cet aspect pas très conventionnel pour une cérémonie officielle. On m’a expliqué que la forme de la cérémonie dépendait des zaks et de la somme que tu payes pour des petits suppléments.  On m’a aussi dit que faute de mariage religieux, supprimé en URSS, on a introduit ce genre de fioritures dans les cérémonies officielles. Les couples qui veulent donner un aspect plus romantique à leur mariage peuvent organiser une autre cérémonie comme on voit parfois dans les films américains, avec un autel sur la plage/sur un joli gazon et un officiant non religieux. A un autre mariage auquel j’ai été en Russie, il y a en effet eu le zaks en premier, puis une cérémonie dans le restaurant, avec une mise en scène d’autel et une femme qui s’est occupée de raconter l’histoire des tourtereaux, de leur faire échanger leurs vœux et de les « marier ».

A la sortie du zaks, on a jeté sur les mariés…des sous ! Plein de petits kopeks.

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3- Le tour de la ville

S’est ensuivi un moment que je n’ai pas trop aimé : faire le tour de la ville en voiture en s’arrêtant dans les lieux symboliques pour y faire des photos. Comme Mogoïtouï n’est pas spécialement réputé pour son attrait touristique, le tour de la ville s’est résumé à l’école, un petit parc, le temple bouddhiste et un coin de verdure un peu en dehors de la ville.

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A chaque arrêt les mariés partent faire des photos et filmer avec le photographe et la vidéaste pendant que nous, les invités les plus jeunes qui les suivions partout, en attendant, on mangeait des petits sandwichs de saucisse et de fromage en buvant du champagne russe tout droit sorti du coffre des voitures ! Pas très glam mais bon, à chacun ses coutumes.

4 – Les tamadas

L’arrivée à la salle est assez impressionnante car il y a avait quand même 400 invités. Chez les bouriates c’est la tradition, il faut inviter tous les membres de la famille, même très éloignés. Résultat il y avait environ 320 personnes du côté du marié qui est bouriate, et 80 du côté de la mariée russe. Imaginez si les deux étaient bouriates…Les mariages de 800 personnes ne sont pas si rares dans le coin.

Les tamadas accueillent alors tout ce monde devant la salle. Un tamada c’est comme un animateur, tous les mariages où j’ai été en Russie avait leur tamada de service,  qui est la personne chargée de faire participer les invités à des concours, des jeux, des toasts et que sais-je encore. Le choix est plutôt important car il faut qu’il soit en mesure de contenir des invités parfois alcoolisés et de donner le rythme de la fête.

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La première tamada, au milieu en baskets, avec derrière les parents de Nadia et la mère d’Aioucha

5 – Le karavaï

Une des premières traditions qui a alors lieu, c’est celle du karavaï. Le Karaivaï est un gros pain très joliment ornementé au sommet duquel il y a parfois un creux pour mettre du sel. Chaque époux doit garder les mains dans le dos et croquer dans le karavaï. Celui qui arrache le plus gros bout est celui qui porte la culotte à la maison ! Nadia m’a expliqué que ce rituel a aussi un côté symbolique qui consiste à « faire des saletés » à l’autre pour la dernière fois.  En russe il y a une expression qui dit « saler quelqu’un » qui signifie faire du mal, causer des ennuis.  En salant le pain ensemble pendant leur mariage, les mariés se créent des ennuis pour la dernière fois.

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6- Briser des verres

Un autre rituel consiste à boire une coupe de champagne puis à la jeter par-dessus la tête. Le nombre de gros éclatd détermine le nombre de leurs futurs enfants. Les mariés passent aussi sous un tissu qui symbolise le toit du nouveau foyer avant d’entrer dans la salle et pour que le mariage commence réellement, une personne âgée chez les bouriates doit déclarer que le mariage « ouvert ».

5 – Le repas

Le repas dure trèèèèèèèès longtemps. En même temps avec  400 invités с’était prévisible. Sur les tables il y a déjà, comme je l’ai vu dans tous les mariages russes, tous les « zakouskis » sur la table, qui sont des sortes de hors d’œuvre. Tomates et cornichons marinés, des cochonnailles à gogo, toutes les salades typiques russes, de l’aspic, bref de tout. Au fur et à mesure de l’après-midi on passe aux plats chauds, poulets, traditionnelles bouzis bouriates et autres plats cuisinés. Ca arrive sans cesse à table.

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Dans la salle de banquet

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Les allocutions commencent par petit groupe d’invités – par exemple les parents et les sœurs de la mariée, les cousins germains du marié, les amis du frère aîné du marié (oui oui, c’est vraiment TOUT le monde). Chaque groupe prononce un petit discours, offre un cadeau – en général une enveloppe, embrasse les mariés. Ça a duré vraiment très très longtemps, et au bout d’un moment c’est lassant car comme tout le monde félicité, ça laisse peu de place à l’originalité, en gros c’est « amour, enfants et santé » sur lequel viennent éventuellement se greffer argent, compréhension mutuelle, et encore une dose d’enfants. Heureusement il y a des pauses : on a eu un chant bouriate, une danse du cygne, des bouriates en costumes traditionnels qui ont offert un khata.

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Discours
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le khata

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toast!

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Et ce n’est que la moitié!

Il y a aussi quelques rituels comme « l’âtre familial ». La mère du marié et celle de la mariée tiennent chacune une bougie allumée et allume une unique bougie que tiennent leurs enfants et qui symbolise leur nouveau foyer.

Voler la mariée pendant la fête est aussi pratique courante, la mariée est dérobée par les amis ou se cache elle-même et le marié doit la retrouver grâce à des danses, des chants, enfin tout ce qui peut faire sortir la mariée de sa cachette.

On a aussi du tourner en cercle et embrasser la première personne qui se trouvait en face de nous. Trop d’amour ! Enfin, toujours en cercle, il fallait que chacun dise en un mot aux mariés ce qu’il leur souhaitait.

Une fois que toute cette partie s’est terminée, il y avait déjà beaucoup d’absents et il devait être 22h30-23h00, les tamadas sont partis et comme dans tous les mariages c’est là que les choses sérieuses ont commencé, danse sur de la bonne pop russe et toasts à la vodka.

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Notre belle mariée

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En somme с’était une expérience sortant du commun, j’ai bien aimé car с’était le mariage d’une amie proche et que j’ai beaucoup appris sur les traditions, discuté avec des jeunes du coin pendant des heures. Dans ces moments-là, je ne regrette pas d’avoir appris le russe (même si y’a encore du boulot !) car sans ça c’est tout un monde qui reste complètement inintelligible. Je me rappelle notamment d’une discussion avec Bimba, un bouriate du coin qui étudie la médecine à Tchita. Il  était hyper curieux car c’était la première fois qu’il voyait un étranger. J’étais étonnée qu’il veuille retourner à Mogoïtouï après ses études dans une grande ville. Mais pour lui, revenir là où habitent sa mère et sa grand-mère et subvenir à leurs besoins, c’est une priorité (et de manière générale, pour les russes s’occuper de ses parents âgés est une obligation morale, ils ne comprennent pas trop comment on peut mettre les nôtres dans des maisons de retraite…) Etant donne le niveau de vie dans ce grand bourg de 100 000 habitants, à la limite de la pauvreté selon nos critères français, dans ce genre de moment la différence des priorités et de l’idée du confort entre deux personnes du même âge te sautent aux yeux. Pour lui le plus important c’est de trouver une épouse, de fonder sa famille, d’avoir sa mère et grand-mère pas loin, de construire sa maison lui-même.

Ce qui m’a moins plu dans cette journée, c’est la longueur des toasts, la montagne de nourriture et le décalage entre une telle festivité et la pauvreté de la région. Je comprends que ce soit une tradition d’inviter tout le monde, mais mon pragmatisme me souffle à l’oreille qu’avec l’argent d’un mariage pareil pour lequel il faut s’endetter, on peut déjà acheter le tiers d’un appartement (sachant que la question du logement en Russie est plutôt très importante mais ça c’est un article à part entière.)

Le lendemain de la fête c’est par ici: La noce après la noce, ou comment les choses sérieuses commencent après la fête de mariage

ps: Merci à Nadia et Aioucha pour ce grand moment d’émotion et de m’avoir autorisé à utiliser leurs photos de mariage pour ce petit article.

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