C’est difficile le russe?

On me dit souvent, « ah le russe c’est trop dur, l’alphabet est super compliqué »!

pauvres fous

Pauvres fous ! Si ce n’était que l’alphabet !

L’alphabet

En vrai, l’alphabet c’est plié au bout de deux semaines. Alors oui il faut un peu d’entraînement, notamment pour assimiler l’alphabet typographié et l’alphabet manuscrit, les lettres calligraphiées étant un peu différentes de la typo, mais c’est pas le plus compliqué dans l’apprentissage de la langue.

Bon il y a quand même des lettres vraiment infernales à l’écrit: entre le « i », le « ch », le « ch » numéro 2, le « m » et le « l »….

russian cursives
Non ce n’est pas l’ordonnance du médecin, mais une phrase en russe

En russe il y a 33 lettres, dont des choses bizarres comme le signe mou et le signe dur !

 

On a aussi la lettre « ё » qui se prononce comme ça:

racaille

On trouve aussi des lettres qui donnent du fil à retordre aux habitués de l’alphabet latin. Par exemple, la lettre «b » russe se lit « v » , le « p » russe se lit « r », et le « H » se lit « N ».

it is not fair

 

La prononciation

Mon cauchemar numéro 1 ce sont les lettres Ш и Щ soit « Ch » et « Ch » numéro 2: elles se prononcent différemment, mais pour mon petit palais c’est très dur à différencier. Pas de chance, le quartier où j’habite s’appelle…Щ (le numéro 2) (ouais, ils se sont pas foulés pour le nom du quartier, juste une lettre!) Ça donne des situations absurdes aux arrêts de bus:

Moi, devant un mini-bus: « Vous vous arrêtez dans « cha » ? « 

Le chauffeur : « quoi ? !»

Moi, deuxième tentative: « Chiiiiiaaa ». (Comme une impression de miauler dans la rue en doudoune)

Le chauffeur: « J’comprends rien! »

Maintenant je connais tous les arrêts de bus dans le quartier, c’est plus pratique de demander l’arrêt plutôt que ce « Chia »!

Le cauchemar numéro 2, c’est la lettre « Ы ». Elle se prononce comme « i » mais pas vraiment, même si je finis le plus souvent par la prononcer comme un bon vieux « i ». Un jour une prof m’a dit « pense qu’on te donne un coup de poing dans le ventre, voilà, c’est ça le son ы ».

 

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Un peu bizarre comme métaphore…

Niveau prononciation, en russe il y a des accents toniques, c’est-à-dire qu’on va appuyer sur telle ou telle lettre dans le mot, et ça pour les français c’est vraiment difficile, on a tendance à toujours mettre l’intonation sur la dernière syllabe. Or ça peut être important.

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Et oui : « napIsat » c’est faire pipi, alors que « napisAt » c’est écrire. De l’intérêt de l’accent tonique.

Ces fameux accents ne sont jamais écrits dans les livres ou magazines destinés aux russes. Eux, ils savent où est l’accent. Nous, on doit l’apprendre. Or cet accent peut changer de place en fonction de la place du mot dans la phrase et il n’y a pas trop de règles régissant sa place initiale. Au départ ça me bloquait beaucoup, mais entre la grammaire, la syntaxe, la prononciation et les accents, j’ai décidé de moins m’en faire une montagne car sinon je n’ouvrais plus la bouche !

Les articles

C’est simple, en russe, il n’y a pas d’articles, mais il y a pas deux genres, mais trois : en plus du féminin et du masculin, on trouve le neutre. En règle générale les féminins terminent en « a », les masculins en consonnes et les neutres en « e » ou en « o ». Le genre des mots ne coïncident pas toujours avec le français. La banane en russe passe au masculin, la chaise aussi, en revanche le sac devient féminin.

 

Les déclinaisons

Le cauchemar des latinistes est une autre difficulté de la langue russe, mais qui s’atténue beaucoup au fil des ans je trouve. Ici le russe a fait mieux que l’allemand qui ne compte que 4 cas. Le russe en a…6 !

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Et la bonne nouvelle, c’est qu’ici on décline tout, pas de jaloux ! Les noms, les pronoms relatifs…Le summum c’est la déclinaison des numéraux ! Pour dire « deux » par exemple, vous avez le choix entre « dvour », « dvoum », « dvié », « dva », « dvoumia » !

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Tableau de déclinaisons, et ça c’est seulement pour les noms!

 

Ce qui est difficile avec les déclinaisons, c’est qu’une fois qu’on les connait, encore faut-il savoir les utiliser. Il faut retenir quel cas se retrouve après chaque préposition ou verbe. Résultat il ne suffit pas d’avoir du vocabulaire et de le caser dans ses phrases, il faut aussi connaître ses tables de déclinaison sur le bout des doigts pour décliner correctement dans le contexte. Sans parler des exceptions de déclinaison, nombreuses. Il y a également des règles un peu bizarres pour les français, par exemple les masculins inanimés (c’est-à-dire les objets, les choses) ne se déclinent pas comme les masculins animés (une personne notamment)…

Le groupe verbal

Le plus dur reste encore devant nous avec le groupe verbal. Dans un sens, c’est simple, en russe on pourrait dire qu’il n’y a que 3 temps: le passé, le présent et le futur. Pas de plus-que-parfait, de subjonctif et cie. En revanche chaque verbe a deux aspects (il faut une bonne mémoire pour apprendre le russe à mon avis !): le perfectif et l’imperfectif. Par exemple le verbe revenir au perfectif c’est « vernoutsia », et son imperfectif « vozvrachatsia » (atchoum !)

Conjugué au présent, le perfectif devient le futur. Les choses se compliquent un peu au passé. Très sommairement, l’imperfectif est utilisé pour une action en cours ou une habitude, tandis que le perfectif exprime une action terminée ou un résultat. En pratique, c’est moins carré… Le nombre de fois où je me demande, « l’action est-elle répétitive ? », « j’insiste sur le processus ou sur le résultat ?»

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« Mais pourquoi j’ai décidé d’apprendre le russe en fait ? »

Bon, et là-dessus viennent se greffer les préfixes…Qui peuvent parfois changer le sens du mot ! Il y a 25 ( !!!!!) suffixes principaux en russe.

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Et je n’ai pas encore abordé les verbes de …mouvement ! Ça c’est le pompon sur le bonnet. Les verbes de mouvement peuvent être « déterminés » ou « indéterminés ». L’emploi de la version déterminée signifie que l’on insiste sur le moment même dans lequel se passe l’action qui est ponctuelle. La version indéterminée exprime la répétition ou insiste sur le processus. Il y a de plus un verbe de mouvement pour chaque moyen de locomotion. Par-dessus le marché, on peut leur ajouter des suffixes…C’est un peu le Ikea du verbe : en kit.

Par exemple : idti – идти, signifie aller à pied, dans sa version déterminée, tandis que rodit – ходить en est la version indéterminée. Si je veux dire que je vais au magasin au coin de ma rue tous les samedis matins, j’utiliserai cette deuxième version. Si je suis dans la rue au téléphone et que mon interlocuteur me demande ce que je fais, je lui répondrai que je vais au magasin en utilisant la première version…

Les expressions

Une autre difficulté du russe à mon sens, c’est qu’il y a beaucoup d’argot et d’expressions qui peuvent sembler très obscures de prime abord. La preuve:

Exemple numéro 1:

oui non

Voici le fameux « da, niet, navernoyé » ! Si on traduit littéralement cette expression assez répandue, cela donne « oui, non, sûrement ! ». En fait ça veut dire « plutôt non, que oui », mais ça permet de ne pas exprimer un refus catégorique.

 

Exemple numéro 2

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La bonne nouvelle

Bon, et pour ne pas décourager les potentiels apprenants, sachez qu’en russe il y a beaucoup de mots qui viennent du français, ce qui fait autant de mots en moins à apprendre par cœur ! Quelques exemples : déjà vu – дежявю, silhouette – силyэт, capuchon – капюшон, crétin – кретин….La liste est longue, alors autant parler de quelques faux amis :

Si vous demandez une fourchette en russe en essayant de roules le R – on risque de vous regarder bizarrement.

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Il y a aussi le mot « portefeuille », qui en russe s’apparente plus à un porte-document, ou encore le mot « baton » en russe qui n’est pas un bâton en bois, mais un morceau de pain allongé…Et un petit dernier pour la route: l’ »âme » en russe, ça se dit « doucha », et douche (là où on se lave), se dit « douch ». Comme ça, ça a l’air facile, mais avec mes déclinaisons parfois approximatives, le nombre de fois où j’ai dit : « je n’ai pas d’âme chez moi »…

Et vous, le russe vous semble difficile ? Avez-vous envie de l’apprendre ? Connaissez-vous des mots russes qui ont été intégrés au français?

Dans un prochain article, je vous explique comment j’ai appris et comment je poursuis mon apprentissage du russe. Comme dit le proverbe russe, « la perfection n’a pas de limites! » – совершенству нет предела!

 

Merci à mon amie Fanny Briant pour les dessins ❤

 

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7 réflexions sur « C’est difficile le russe? »

  1. Merci pour cet article, si bien écrit, qui m’a fait tant rigoler! Je vais le partager avec mes étudiants français! (Можно?) Sinon, pour le son «щ», une petite astuce : la position de la langue est la même comme quand tu prononces «chien» en français;) Facile!

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  2. Excellent article! Du coup, je me sens moins seul à galérer… 🙂 Ceci dit, rien n’est plus plaisant que la joie de comprendre ENFIN comment décliner un mot qui t’embête depuis longtemps…
    Effectivement, tu devrais essayer de prononcer щ, comme pour « chien » et ш comme pour « chat ».

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