Les bottes de feutre sibériennes pour rester au chaud par -40 degrés

En ce moment à Novossibirsk on vit une bonne vague de froid, les températures oscillent entre -30 et -40 degrés, ça pique un peu le bout de la truffe! Je me suis dit que c’était l’occasion de vous donner quelques explications sur cet objet typiquement sibérien du quotidien hivernal (de ceux qui assument le côté pattes d’ours): les valienkis. Au passage vous saurez désormais pourquoi mon blog s’appelle « dans mes valenkis » 🙂

Alors comme son nom l’indique en russe, valienkis vient du mot « valiat » et qui signifie feutrer. En gros, ce sont des bottes feutrées aux allures de moufles pour les pieds !

C’est par exemple ce que je porte sur cette photo:

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Qui a dit que je ressemblais à un brise-glace?!

Les valienkis sont à ma connaissance les seules chaussures qui peuvent être portées pieds nus par – 40 degrés et qui permettent d’être quand même au chaud. C’est bien simple, quand je sors en valienkis l’hiver j’ai l’impression d’être en chaussons dans la rue, et tant pis pour le style.

J’ai partiellement traduit un article intéressant et avec de belles photos publié en janvier dernier sur le site d’information régional NGS. Les photos sont toutes d’Alexandre Oschepkov et le texte d’origine de Natalia Gredina. En voici les grandes lignes.

 

 Ivan Lapine, un des rares fabricants de valienkis artisanales, habite et travaille à Novossibirsk. La journaliste de NGS l’a rencontré.

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Il y a huit ans, l’entrepreneur s’est mis à vendre des valienkis de fabrication industrielle au marché de Berdsk (n.d.r : une ville à une quarantaine de kilomètres de Novossibirsk). « Les grands-mères du coin sont venues me dire que mes valienkis étaient de mauvaise qualité, qu’elles ne ressemblaient pas à celles qu’elles avaient connues dans leur campagne et qu’elles n’étaient pas feutrées à la main. » L’entrepreneur pense d’abord qu’au lieu de vendre ses valienkis industrielles, il lui suffira de revendre des valienkis fabriquées par des artisans. Cependant il comprend vite que ces derniers ne souhaitent pas vendre par un intermédiaire : « tu te lèves le matin pour aller feutrer, un filet de transpiration te coulant dans le dos du cou jusqu’au caleçon, au bout de deux mois celui-ci devient transparent car la sueur abîme le coton… Personne ne va te confier ses valienkis pour que tu les revendes, c’est un tel travail. Essaye d’abord de les feutrer toi-même et ensuite tu pourras réfléchir au prix de gros et au prix d’une paire », raconte ouvertement Lapine.

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En conséquence, Ivan décide d’apprendre lui-même à fabriquer des valienkis. A cette époque, il vit avec sa grand-mère qui lui donne son allocation retraite pour qu’il achète de la laine dans l’Altaï (n.d.r : des montagnes à quelques centaines de kilomètres de Novossibirsk). Ivan raconte : « Je me suis enfermé dans le bania (ndr : pièce ou cabane en bois qui sert au bain russe) et j’ai travaillé en prenant sur moi. J’appelais vingt fois par jour Vassili Labunts, un vieux fabricant de valienkis aveugle pour lui demander des conseils. J’ai voulu tout laisser tomber une centaine de fois, mais je m’étais juré de ne pas abandonner tant que je n’aurai pas appris ». Sur les murs du bania où il a confectionné ses premiers valienkis, on peut encore voir les inscriptions au feutre noir : « ne te couche pas sans avoir de projets pour le lendemain », « qu’est-ce que tu veux dans la vie ? », « en 2067 tu auras 90 ans ». 

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Après deux ans de travail, Ivan a acheté deux moutons, chacun coûtant 3000 roubles. Au bout de six ans, le troupeau compte désormais 500 bêtes.

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 La fabrication à l’atelier se découpe en plusieurs étapes. Tout d’abord la laine est peignée et mise en forme. Les pièces brutes sont ensuite envoyées au bania où deux employés, Ivan et Victor, rincent et feutrent les futurs souliers. C’est un travail éprouvant. Pour être rentable, l’entreprise doit produire chaque jour une dizaine de paires. Les valienkis sont ici fabriquées sans produits chimiques ou acides. Les artisans considèrent qu’ainsi les chaussures sont plus bénéfiques, elles soulagent les jambes gonflées.

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Une telle paire de valienkis coûte en moyenne 3000 roubles (soit environ 45 euros.) Des artisans à domicile, souvent des handicapés, brodent ou peignent les valienkis. « Une paire sur cinq est envoyée en Israël ou en Allemagne. A plusieurs reprises on a voulu nous passer des commandes depuis ces pays, mais les exigences sont très précises: ils veulent que l’intérieur soit blanc, l’extérieur noir, que les fleurs peintes ou brodées soient celles de leur choix. Le problème c’est que Nina Vladimirovna, la femme qui peint pour nous les valienkis, est une handicapée qui n’est pas sortie de chez elle depuis quatre ans. Elle travaille comme elle peut, parfois 3 jours par mois, et parfois trois semaines. Comment voulez-vous qu’on se mette d’accord sur une commande dans ces conditions? »

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Trente-neuf personnes travaillent tout le long de la chaîne de production et de distribution. Chaque étape revient environ à 150 roubles – tondre les moutons, peigner la laine, décorer les valienkis… Les bénéfices perçus des 500 paires vendues en moyenne par saison suffisent à peine à payer les employés. « On ne gagne pas beaucoup avec cette activité », affirme l’artisan.

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Ivan Lapine considère que sa mission primordiale est de faire renaître la fabrication artisanale de chaussures feutrées (ndr : une spécialité des peuples de Sibérie et du nord). Selon lui, il ne resterait que neuf artisans similaires aujourd’hui en Sibérie. Ce métier qu’il qualifie de « national » se meurt et il est prêt à l’enseigner à quiconque serait intéressé par la fabrication de valienkis.

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L’artisan doit parfois faire face à des commandes inhabituelles. La plus grande paire de valienkis fabriquée ici était une taille 50, il a fallu se mettre à trois pour feutrer la laine. Une autre fois, Ivan a lui-même fabriqué une paire pour une petite fille victime d’un AVC. « Ses jambes étaient raides comme des baguettes et il n’y avait pas de médicament pour contribuer au bon fonctionnement de ses vaisseaux sanguins. La laine tondue sur l’animal vivant peut aider », raconte l’artisan.


 

Voilà vous savez tout ! le seul problème avec ces souliers c’est qu’ils ne supportent pas l’humidité : si la neige fond, la laine n’est pas imperméable et vous aurez les pieds mouillés. Pour y remédier,  on peut ajouter une semelle en plastique qui isole du sol.

Je vous laisse sur une chanson traditionnelle russe qui parle de valienkis

 

Alors, vous aussi vous voulez votre paire pour gambader aux sports d’hiver? Qui vient faire un stage de feutrage en Sibérie ;-)?

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3 réflexions sur « Les bottes de feutre sibériennes pour rester au chaud par -40 degrés »

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